Le discours prononcé par António Costa à l’ouverture du Festival du New European Bauhaus n’a pas fait les grands titres de l’actualité européenne.

Pourtant, il mérite d’être lu attentivement.

Non pour ce qu’il annonce, mais pour ce qu’il révèle.

Derrière les références à l’architecture, à l’urbanisme et à l’innovation, le président du Conseil européen esquisse une vision de l’Europe qui rejoint des convictions que CAP 21 défend depuis de nombreuses années : la transition écologique ne réussira que si elle améliore concrètement la vie des citoyens, et la démocratie ne retrouvera sa force que si les citoyens redeviennent acteurs des transformations qui les concernent.

À l’heure où les débats publics sont souvent dominés par les oppositions, les caricatures et les postures, cette approche mérite d’être saluée.

La crise du logement : le symptôme d’une crise plus profonde

Pendant longtemps, le logement a été considéré comme un sujet technique relevant essentiellement des politiques nationales ou locales.

Ce n’est plus le cas.

Partout en Europe, les mêmes tensions apparaissent.

Les prix augmentent plus vite que les revenus. Les jeunes peinent à accéder à leur premier logement. Les classes moyennes voient leur capacité à se loger se dégrader. Les collectivités locales peinent à répondre à des besoins croissants dans un contexte de raréfaction du foncier et de contraintes budgétaires accrues.

Mais António Costa va plus loin.

Il établit un lien direct entre la crise du logement et la crise démocratique.

Lorsqu’une société n’est plus capable d’offrir à chacun la perspective d’un logement digne, accessible et adapté à ses besoins, c’est la confiance dans les institutions elles-mêmes qui s’érode.

Cette analyse est juste.

La démocratie ne repose pas uniquement sur des procédures ou des élections. Elle repose aussi sur la capacité des pouvoirs publics à garantir les conditions concrètes d’une vie digne.

Le logement est l’une d’entre elles.

Réconcilier ce que l’on oppose trop souvent

Depuis plusieurs années, les Européens sont enfermés dans des débats qui les obligeraient à choisir :

entre écologie et pouvoir d’achat ;

entre logement et protection de l’environnement ;

entre développement économique et préservation du vivant ;

entre efficacité de l’action publique et participation citoyenne.

Ces oppositions sont devenues stériles.

Elles conduisent à des impasses politiques et nourrissent les fractures de nos sociétés.

La véritable question n’est pas de choisir entre ces objectifs.

La véritable question est de savoir comment les concilier.

Comment construire davantage de logements tout en limitant l’artificialisation des sols ?

Comment adapter nos villes au changement climatique tout en améliorant la qualité de vie ?

Comment accélérer les transitions sans créer de nouvelles fractures sociales ?

Comment agir vite tout en associant les citoyens aux décisions ?

C’est précisément cette recherche d’équilibre qui constitue l’ADN politique de CAP 21.

Nous avons toujours refusé les logiques de confrontation permanente.

Nous avons toujours considéré que les défis du XXIe siècle exigent des réponses transversales, capables de réunir plutôt que d’opposer.

La participation citoyenne n’est pas un supplément d’âme

L’un des passages les plus importants du discours d’António Costa concerne la place des citoyens dans la transformation des villes.

Le président du Conseil européen affirme que les habitants doivent être associés à la conception, à la réalisation et à l’évolution des projets qui transforment leur cadre de vie.

Cette idée est essentielle.

Trop souvent encore, la participation citoyenne est présentée comme une contrainte, une formalité ou un exercice de communication.

C’est une erreur.

La participation citoyenne n’est pas un supplément d’âme de l’action publique.

Elle en est une condition de réussite.

Les citoyens connaissent leur quartier.

Ils connaissent les usages.

Ils connaissent les difficultés du quotidien.

Ils perçoivent souvent très tôt les effets concrets des décisions publiques.

Les associer ne ralentit pas nécessairement l’action.

Au contraire, cela permet d’éviter des erreurs, de renforcer l’adhésion aux projets et d’améliorer leur efficacité.

CAP 21 défend depuis longtemps une démocratie de co-construction fondée sur cette conviction simple : les citoyens ne doivent pas être consultés à la marge ; ils doivent être pleinement associés à la définition de l’intérêt général.

Cette vision, longtemps considérée comme marginale, trouve aujourd’hui un écho au plus haut niveau européen.

Les villes sont devenues le cœur de la transition

Une autre idée forte traverse ce discours : les collectivités territoriales sont désormais en première ligne.

C’est dans les villes que se jouent :

la transition énergétique ;

l’adaptation au changement climatique ;

les politiques de logement ;

les mobilités ;

la préservation de la biodiversité ;

la cohésion sociale.

C’est également dans les villes que se mesure concrètement la réussite ou l’échec des politiques publiques.

Les maires et les élus locaux ne demandent pas à l’Europe de se substituer à eux.

Ils demandent une Europe qui accompagne, qui soutienne l’innovation, qui facilite les investissements et qui fasse confiance aux territoires.

Cette demande est légitime.

Une Europe forte ne se construit pas contre les territoires.

Elle se construit avec eux.

Une leçon pour Strasbourg et pour l’ensemble des territoires européens

Ce discours nous rappelle finalement une évidence que nous avons parfois tendance à oublier.

La transition écologique n’est pas un projet technique.

C’est un projet de société.

Elle ne consiste pas seulement à réduire des émissions de gaz à effet de serre ou à atteindre des objectifs réglementaires.

Elle consiste à construire des villes plus agréables à vivre, plus résilientes, plus solidaires et plus démocratiques.

À Strasbourg comme ailleurs, les défis du logement, de l’adaptation climatique, de la participation citoyenne et de la cohésion sociale sont désormais indissociables.

Les traiter séparément serait une erreur.

L’avenir appartient aux territoires capables de les penser ensemble.

C’est précisément ce que suggère aujourd’hui l’Europe.

C’est aussi ce que CAP 21 défend depuis sa création.

Parce que nous croyons qu’il est possible de protéger le vivant sans opposer les citoyens les uns aux autres.

Parce que nous croyons qu’il est possible de transformer nos villes sans confisquer la décision publique.

Parce que nous croyons qu’il est possible de concilier écologie, démocratie et prospérité.

Et parce que nous croyons que c’est dans cette réconciliation que se trouve désormais l’avenir du projet européen.

Consulter l’article sur le lien : https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2026/06/09/speech-by-president-antonio-costa-at-the-new-european-bauhaus-festival-2026/?utm_source=brevo&utm_campaign=AUTOMATED%20-%20Alert%20-%20Newsletter&utm_medium=email&utm_id=3318

Chantal Cutajar
Présidente de CAP 21 – Le Rassemblement Citoyen

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