Les Journées d’été des écologistes s’ouvrent à Strasbourg. Le discours sera festif, le ton conquérant. Mais que voient les Strasbourgeois ? Une ville fracturée, une démocratie affaiblie, et une écologie de pouvoir déconnectée du quotidien.
De ville laboratoire à ville en souffrance
À Strasbourg, on nous avait promis une transition exemplaire. Mais la réalité, ce sont des décisions prises à huis clos, des habitants consultés après coup, et des quartiers comme Koenigshoffen ou le Neuhof qui se sentent relégués. La Zone à Faibles Émissions, nécessaire dans son principe, a été mise en place sans réelle concertation sociale. Le projet de tram Nord a été conduit comme un patchwork mal ficelé —qualifié de « fourre-tout » par la commission d’enquête qui a dénoncé une concertation purement formelle, davantage tournée vers l’information descendante que vers le dialogue, avec des passages en force assumés. Ce projet est symptomatique d’une gouvernance en silo, où l’affichage prime sur la cohérence et l’intérêt général.
Quant à la laïcité, elle a été l’objet de décisions ambigües qui ont nourri une défiance durable. La subvention accordée à la mosquée Eyyub Sultan, portée par Millî Görüs qui a refusé de signer la Charte des principes de l’islam de France, a suscité un tollé. Le refus d’inscrire explicitement la laïcité dans le règlement intérieur du conseil municipal a renforcé ce malaise. À cela s’ajoute le refus d’adopter la définition IHRA de l’antisémitisme, dans un contexte local de recrudescence des actes antijuifs, ainsi que des signaux ambivalents comme le retrait du drapeau israélien après le 7 octobre ou le port du keffieh par la maire lors d’une réception officielle. Ces décisions brouillent les repères, affaiblissent la parole publique et entretiennent une confusion dangereuse entre neutralité, relativisme et renoncement.
La majorité écologiste a tourné le dos à l’écoute, au dialogue, et à la prise en compte du quotidien des Strasbourgeois.
Des discours mais pas de réponses.
On parle de réparer, mais la fracture sociale s’aggrave. Un quart des Strasbourgeois vivent sous le seuil de pauvreté. Loin de disparaître, la précarité s’est enracinée. Les habitants qui interpellent la maire sur le logement insalubre, la hausse des loyers ou les difficultés quotidiennes repartent trop souvent avec des mots, pas des solutions. Sur les tarifs de transports ou les compensations après travaux, les réponses ont semblé génériques, déconnectées des urgences concrètes.
On parle de résister aux reculs démocratiques, mais les espaces de débat se sont refermés. Le Pacte pour la démocratie à Strasbourg que j’ai porté en tant qu’adjointe au maire, adopté en 2018 après une large mobilisation citoyenne visait à refonder la démocratie locale sur un principe simple mais ambitieux : faire de la co-construction la méthode normale de l’action publique, en associant citoyens, élus et agents publics à toutes les étapes de la décision. Il garantissait des droits effectifs à l’information, à la concertation, à la participation et à l’interpellation, sous le contrôle d’un comité d’éthique tripartite, présidé par un déontologue indépendant, doté de pouvoirs réels d’alerte et de suivi.
Cette architecture démocratique, inédite à l’échelle d’une grande ville, a été méthodiquement démantelée sous la majorité actuelle. Le comité d’éthique a été supprimé en 2023. Il a été remplacé par un Observatoire prétendument « indépendant », composé de citoyens tirés au sort mais dépourvu de toute capacité d’intervention sur les pratiques municipales. Ce recul institutionnel n’est pas anodin : il traduit une conception appauvrie de la démocratie, réduite à un simple affichage consultatif, et un refus assumé de tout contre-pouvoir citoyen.
Le Pacte, vidé de sa substance, est aujourd’hui un symbole fort du renoncement démocratique qui mine la confiance entre les habitants et leurs élus. Là où nous avions construit une démocratie vivante, exigeante et responsable, la majorité en place a installé une gouvernance verticale, refermée sur elle-même, sourde aux alertes, imperméable à la critique.
On parle de proximité, mais la parole des habitants est peu entendue. Derrière les annonces de dialogue, beaucoup d’habitants disent se heurter à l’inaccessibilité de la mairie, au renvoi permanent vers les services, à l’absence de retour. Les quartiers populaires, les commerçants de centre-ville, les familles modestes s’estiment oubliés des grands projets.
La politique de stationnement, appliquée sans concertation ni progressivité, a renforcé un sentiment d’exclusion, notamment chez les habitants les plus précaires. Dans le même temps, la vitalité commerciale du centre-ville s’érode, faute de stratégie cohérente pour soutenir durablement les commerces de proximité.
Le Plan climat, entre affichage et déconnexion
Alors que la majorité municipale tente de mettre en scène son bilan à travers un « Plan climat » auto-célébré, les Strasbourgeois eux-mêmes peinent à percevoir les effets concrets de cette politique. Arbres promis non plantés, cours d’école partiellement végétalisées, ring cycliste inachevé, tram Nord avorté, saccage environnemental du bois de Bussière : les marqueurs environnementaux sont loin d’être à la hauteur des annonces. En réalité, cette stratégie a confondu communication et transformation, rigidité idéologique et transition écologique. Nous ne dénonçons pas l’ambition écologique en soi, mais son détournement par un pouvoir municipal qui l’instrumentalise, l’impose sans écoute, et la dissocie des impératifs sociaux et démocratiques. Nous appelons à une écologie du réel, co-construite avec les citoyens, et non dictée contre eux.
À Strasbourg, comme dans d’autres villes dirigées par « Les Écologistes », une écologie de pouvoir s’est installée portée davantage par l’idéologie que par l’écoute et déconnectée de la vie réelle, sociale et civique des Strasbourgeois.
Ce qui est en jeu ici dépasse l’échelon local : il s’agit de savoir si l’on peut encore réconcilier le respect du vivant, la justice sociale et la démocratie républicaine. Le terme d’écologie politique, abîmé par ceux qui l’ont déconnecté des réalités sociales et de l’éthique publique, ne suffit plus à nommer le cap que nous proposons.
Une alternative éthique et républicaine existe
Face à une écologie de pouvoir enfermée dans ses certitudes, CAP 21 – Le Rassemblement Citoyen propose une autre voie, fondée sur quatre principes clairs :
• La République et la laïcité comme cadre commun,
• La co-construction démocratique comme méthode d’action publique,
• L’exemplarité des élus comme exigence de base,
• La préservation du vivant comme finalité partagée.
Mais un cap politique ne se décrète pas. Il se détermine ensemble. C’est pourquoi, dès septembre, nous inviterons les Strasbourgeois à une série de rencontres inédites, pour débattre, construire, orienter. Ces moments poseront les fondations d’un projet d’alternance républicaine ouvert à toutes les forces politiques prêtes à rompre avec l’entre-soi et à servir le bien commun.
📅 26 septembre 2025 – Strasbourg
La Boussole
Un acte fondateur. Une boussole collective pour ceux qui veulent redonner un cap à Strasbourg.
Chantal Cutajar
Présidente de CAP 21 – Le Rassemblement Citoyen
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